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BUTARE (AFP) - Pour la première fois depuis le génocide rwandais de 1994, au cours duquel un million de Tutsis et Hutus modérés ont été tués, le plus souvent à l'arme blanche, les rescapés des massacres de la ville de Butare, dans le sud-ouest du Rwanda, redécouvrent les visages de leurs bourreaux.
Plus de 2.000 prisonniers à l'uniforme rose, qui ont avoué leur participation aux tueries, étaient alignés dimanche sur la pelouse du stade municipal, devant une foule qui tentait à grand peine de contenir ses émotions.
"Cet homme était avec les gens qui sont venus tuer mes enfants". D'une voix tremblante, les yeux pleins de larmes, la mère éploré pointe un doigt accusateur vers un prisonnier indifférent.
Face-à-face terrible entre des centaines d'auteurs de crimes odieux et leurs victimes encore traumatisées, organisé par le ministère de la Justice rwandais dans le cadre de "présentations de détenus à la population".
Ces opérations permettent au parquet de se prononcer, avec l'aide des témoignages du public et des prisonniers passés aux aveux, sur une remise en liberté provisoire de quelques détenus dont les dossiers sont vides ou incomplets.
"Qu'ils crèvent en prison, tuez les tous!". Ivre de douleur, une jeune femme devenue soudainement hystérique apostrophe violemment l'officier du ministère public qui dirige cette très délicate mise en scène.
Retenue à grand peine par quelques proches, elle tente dans un ultime geste de désespoir de jeter une pierre sur les prisonniers indifférents qui lui font face, avant d'être évacuée du stade par la police. Une mère de famille éclate en sanglots et doit être évacuée, effondrée, soutenues par ses deux enfants.
Face à l'insupportable, les spectateurs, le visage grave, conservent pourtant une attitude très digne. Un regard fixe, absent ou embué, une larme vite essuyée traduisent seuls les immenses souffrances des rescapés.
Assis en colonnes, sous l'oeil placide de quelques policiers, la multitude de prisonniers écoutent les plaidoyers d'innocence d'une centaine de leur co-détenus.
Engoncé dans un costume rose délavé trop large, un prisonnier monte à la tribune et se présente au micro. Calixte Habizimana vient de passer six ans en prison. "Selon son dossier, Calixte a été vu sur les barrages de miliciens et utilisait sa voiture personnelle pour faire peur au Tutsis", explique le procureur, qui s'adresse alors à la foule: "qui connait cet homme, ou sait ce qu'il a fait?".
Silence pendant quelques instants. Un jeune homme élégant, lunettes noires sur les yeux, prend la parole. "Oui il était parfois sur les barrages, mais on ne l'a vu tuer personne. Et il cachait une quinzaine de Tutsis chez lui".
Son véhicule? "Il avait été réquisitionné par les miliciens", renchérit un autre témoin. En quelques minutes, l'officier du ministère public décide de la remise en liberté du prisonnier.
Nouveau dossier. Un détenu s'avance, un murmure traverse la foule, qui croit reconnaitre le boucher d'une famille entière massacrée et brûlée vive dans sa maison.
On pousse sur la tribune une jeune fille timide: "j'ai tout vu mais j'étais trop petite, je ne me souviens plus des visages des tueurs", lâche-t-elle en pleurs. "Vous devez être sûr de vos témoignages", lance alors le procureur à l'assistance.
"C'est un exercice très difficile, douloureux, qui replonge les Rwandais au coeur de la tragédie terrible du génocide et de ses réalités extrêmement complexes", résume un observateur indépendant.
 
 

 

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