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Rwanda Rugali
17 mai 1997

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17 mai 1997, Kabila Roi du Congo Edit

David et Goliath
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(Photo BBC) Edit

5 ans après la prise de Kin', le Rwanda s'incruste au Congo.

 

 

Au début du mois de mai 1997, une large coalition de forces d'Afrique Centrale et Orientale menée par le Rwanda a chassé du pouvoir un Maréchal Mobutu Sese Seko mourant et abandonné de tous. Le 17 mai, le guérillero professionnel Laurent Désiré Kabila était fait Roi du Congo avec l'approbation euphorique de tous ses voisins et la bénédiction tacite de la communauté internationale. Le pays redevenait le Congo, après s'être débarrassé de l'appellation choisie par le régime du « Président à vie » Mobutu.

Depuis Mobutu est mort en exil, Kabila est mort abattu moins quatre ans plus tard par un garde du corps et le pays est divisé entre des congolais du sud et de l'ouest soutenus par l'Angola et le Zimbabwe et ceux du nord et de l'est qui ont l'appui de l'Ouganda et du Rwanda. La situation du pays est pire que jamais : plus de 2,5 millions de congolais seraient morts de faim, de maladies, de mauvais traitements et des violences infligées par les divers belligérants.

 

Nous sommes allés pour la première fois au Congo, en réalité nous rwandais ou rwandophones, avons toujours été sur le territoire du Congo moderne parce que de larges portions du Rwanda précolonial ont été englobées par les puissances qui dominaient le monde à la fin du 19e siècle et au début du suivant, dans « l'Etat Indépendant du Congo », l'ancienne propriété privée du Roi des Belges, Léopold II. Avant l'irruption des occidentaux, les rwandais hutu et tutsi - et leurs voisins  migraient naturellement dans et hors des régions frontalières du puissant royaume du Rwanda à la recherche de pâturages, d'emploi, de terres arables et de refuge. Après la délimitation de frontières imposées internationalement par l'Europe (Conférence de Berlin 1885, de Bruxelles 1910, etc.), les rwandais ont continué à se déplacer, pour les mêmes raisons, vers les « provinces » perdues du  Bufumbira au nord et du Bunyabungo au nord ouest.

Ensuite à la fin des années 50 et au début des années 60 se produit la rupture de ce schéma : Pendant la période des indépendances, des centaines de milliers d'individus ont quitté le Rwanda restreint en un coup, cette fois-ci, il s'agissait essentiellement des ressortissants de la minorité Tutsi et qui sont devenus des réfugiés politiques parce que la République Indépendante nouvellement installée ne garantissait pas leur droit et qu'elle essayait de leur imposer ses vues. Il ne s'agissait plus d'une expansion naturelle mais d'un abcès qui allait se fixer tout autour du Rwanda sans qu'une solution acceptable n'y soit apporté pendant 30 ans.

 

En 1994, d'atroces massacres contre cette même dite minorité ceux d'entre eux qui avaient choisi de rester envers et contre tout, ont été perpétrés par certains des pères vieillissants de la République (Dr Sindikubwabo) et surtout par leurs héritiers. Ces tueries dont le caractère spontané a été démenti par leur ampleur et leur continuité, se sont avéré être un génocide dont les initiateurs  se réfugièrent au Congo, en Tanzanie et au Burundi. Au début, il y aura au total plus de 2 millions de réfugiés rwandais, dont plus de la moitié armés jusque aux dents au Congo, à un jet de pierre de nos frontières « modernes ».

En 1996, pour la première fois depuis les expéditions guerrières du dernier roi conquérant Kigeri IV Rwabugiri au 19e siècle, le Rwanda pénétrait l'arme au poing, le territoire du Congo/Zaïre, pour démanteler les gigantesques camps de réfugiés hutu du Nord Kivu (750,000 réfugiés  dans 5 camps) et rapatrier de force l'essentiel de ses occupants. Autour du 15 novembre 1996, on estimait que 600 mille individus ont été poussés hors du territoire zaïrois.

 

Mais nous n'en sommes pas restés là, nos soldats se sont rendus jusqu'à Kinshasa pour défaire le régime de Mobutu Sese Seko et couronner Laurent Désiré Kabila, un guérillero en semi retraite. Fin juillet 1998, le président Kabila remercia les forces de libération rwandaises et les invita à quitter son pays le plus vite possible. Cette marque d'ingratitude ne fut pas prise à la légère, et les troupes qui se « retiraient » ainsi que des renforts venus de Kigali tentèrent de renverser leur nouvel ennemi. C'est à ce moment seulement que nous avons appris que les survivants de l'ancienne armée et des milices hutues expulsés des camps démantelés ne s'étaient pas évaporés dans la jungle congolaise mais qu'ils avaient formés une alliance avec Laurent Désiré Kabila. Le président congolais avait aussi pris la judicieuse précaution de contracter un pacte de défense avec des états d'Afrique australe qui l'ont protégé du courroux du Rwanda. Dans cette nouvelle bataille Ouganda allait se ranger derrière le Rwanda et l'aider à contenir la « coalition australe », à occuper le terrain et à gérer les affaires dans l'est du Congo.

 

Un an plus tard

 

Mais comme le temps passait et que les offensives étaient bloquées au centre de l'immense pays, les alliés rwandais et ougandais commencèrent à se battre entre eux dans le nord, en plein milieu de la ville de Kisangani et de sa population d'un demi million, en s'accusant mutuellement de piller les ressources naturelles, minérales et autres du pays

« hôte ». à ceux qui leur demandaient comment ils finançaient leurs expéditions guerrières, les dirigeants des deux pays ont déclaré quelles s'auto-finançaient ce qui expliquait comment ils pouvaient mener et supporter une guerre prolongée dans un pays étranger. Autofinancement signifiant que l'argent des contribuables et celui de l'aide internationale n'étaient pas sollicités mais plutôt que le nerf de la guerre provenait de revenus générés par des activités économiques dans les territoires occupés, tel que l'extraction minière et surtout ... l'extraction minière. Cela aide aussi à comprendre de quelle façon le Rwanda a pu se permettre d'entreprendre une bataille destructrice contre l'Ouganda et de la remporter, l'Ouganda, son allié doté d'une population double, disposant d'un plus grand territoire fertile et plus puissant économiquement surtout lorsque l'on sait que l'essentiel des produits importés par le Rwanda transite par ce pays.

 

Aujourd'hui, cinq ans après la spectaculaire prise de Kinshasa, le régime rwandais maintient ses troupes au Congo envers et contre tout parce qu'il a toujours grandement besoin du Congo pour sa survie, davantage qu'hier parce qu'il s'agit daffirmer son indépendance politique, financière et sa suprématie dans la région  vis à vis de tous ses anciens alliés, qu'il s'agisse des paternalistes ougandais, des ex-marxistes/ex-socialistes  d'Angola et du Zimbabwe, des Kabilas ou tutsi congolais Banyamulenge.  En somme c'est "Gardez-moi de mes amis, je me charge de mes interahamwe". De plus, à l'intérieur du Rwanda, la situation générale déjà lamentable serait encore pire si la poursuite d'une guerre d'occupation se faisait sur le dos de la population rwandaise.

L'attitude va-t-en-guerre du Rwanda ne cessera que si le robinet des ressources congolaises puisée dans 30 % du Congo était fermé de force. C'est cette manne qui permet cet auto financement, cet auto entretien et l' enrichissement par la guerre et pour la guerre.

Les négociations de Lusaka en Zambie, de Sun City en Afrique du Sud et d'ailleurs pourront toujours reprendre mais au grand dam des congolais, nous serons toujours là pour une raison ou pour une autre.

 

Placide Muhigana