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Rwanda Rugali
Congo : faux-départ de l'APR ?

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Copyright 2002 Liberation,  15 novembre 2002
 RDC: le vrai-faux depart des Rwandais
MASCIARELLI Alexis
Bukavu envoye special

    Le 4 octobre, la population de Bukavu, une elegante ville
universitaire de l'est du Congo, jubilait en accompagnant les derniers soldats rwandais passant sur le pont sur la riviere Ruzisi, qui marque la frontiere entre le Congo-Kinshasa et le Rwanda. C'etait, en principe, la fin de quatre
annees d'occupation et de pillage, et surtout l'epilogue d'un conflit qui a
fait entre 1 et 2 millions de morts. Mais le depart de l'armee rwandaise a cree un dangereux vide du pouvoir. 'On a vecu dans l'effervescence quand les
Rwandais sont rentres chez eux, se souvient Pascal Kabungulu, secretaire
executif de l'association de defense des droits de l'homme Heritiers de la justice.
On ne s'etait pas attendu a ce que Kagame et Kabila (les presidents rwandais
et congolais, ndlr) signent fin juillet l'accord de paix de Pretoria. On a cru que
c'etait la fin de la guerre. Mais, en moins de 24 heures, on a commence a
recevoir des temoignages de civils inquiets, surtout depuis des villages
eloignes. Beaucoup d'histoires de pillage, d'enlevement et de viol.' 'Je les ai supplies.' Dans les collines de Bagira, un grand quartier populaire a la lisiere de Bukavu, les enfants qui jouent entre les flaques de boue s'empressent de rentrer des que le soleil decline. A la nuit tombee, les habitants craignent une attaque des Interahamwes. Depuis le genocide de 1994 au Rwanda, dont ils sont responsables, ces miliciens hutus errent dans les collines de l'est de la republique democratique du Congo (RDC), tout pres de la frontiere. Ils se battent contre l'armee rwandaise et ses allies, les rebelles du Rassemblement congolais pour la democratie (RCD). Contre d'autres milices aussi. Pour eux, les civils sont des proies faciles. 'Vers 1 heure du matin, "des hommes qui parlaient kinyarwanda" (une formule designant habituellement les Interahamwes, ndlr) nous ont reveilles en hurlant', raconte Pichu Rudahindura.
Elle a 20 ans. Son fils de 1 an dort a ses cotes sur une banquette rapee. 'Ils
reclamaient des dollars. On n'en avait pas. Ils ont alors demande a manger et un dictionnaire. Ils ont pris tous les vetements, qu'ils m'ont demande de
porter pour eux dans la colline. Ils m'ont forcee a les suivre. Je les ai supplies de me laisser partir retrouver mon enfant. Ils m'ont frappee plusieurs fois, avant de me liberer.' Pichu peut s'estimer chanceuse. Certaines de ses voisines ont
ete violees, d'autres ne sont toujours pas revenues des collines. En sortant de chez elle, il faut traverser les bananiers et les plants de haricots.
Apres une dizaine de metres, une femme interpelle : 'Arretez-vous / C'est
dangereux. Les Interahamwes peuvent vous voir. Ils sont juste au sommet de cette colline.' Un rapide coup d'oeil au loin pour verifier. Pas de trace de campement ou de fumee. Il fait deja trop sombre. 
Les violences ne sont pas le fait des seuls Interahamwes. 'Les responsables viennent de tous les camps : Interahamwes, rebelles congolais du RCD, miliciens mai mai (guerriers traditionnels), explique le militant des droits de l'homme Pascal Kabungulu. L'attaque contre Uvira a prouve que la course au pouvoir n'éait pas terminée malgre l'accord de paix.' Mi-octobre, la ville d'Uvira, situee a une centaine de kilometres au sud de Bukavu, toute proche de la frontiere avec le Burundi, a change de mains deux fois en une semaine.
Des Mai Mai, allies au gouvernement de Kinshasa, se sont engouffres dans les
faubourgs, quasiment sans rencontrer de resistance de la part des hommes du RCD.
   'Liberateurs'. Au cours des quatre annees de la guerre dans l'est du
Congo, le RCD a rarement fait ses preuves sur le terrain militaire. Du coup,
maintenant que le 'parrain' rwandais est parti, tous ses ennemis, Mai Mai,
Interahamwes, cherchent a gagner du terrain. Lors de leur retraite d'Uvira, les
rebelles du RCD se sont transformes en pillards. De retour, six jours plus tard, en 'liberateurs', ils ne furent pas les bienvenus. D'apres plusieurs
temoignages, la population a refuse de leur servir a manger. Pendant ce temps, les dirigeants politiques du RCD, venus celebrer la reprise d'Uvira, s'inquietaient de savoir si le moment etait opportun pour ouvrir une bouteille de champagne...
   La plupart des observateurs sont persuades que le RCD n'a repris Uvira et ne continue a controler les principales villes de l'Est qu'avec le soutien
de soldats rwandais deguises en Congolais. Dans son rapport au Conseil de
securite de l'ONU fin octobre, une equipe d'experts a indique que le chef
militaire du RCD, Sylvain Buki, 'a pris l'initiative d'integrer un nombre important de soldats de l'armee rwandaise au sein de ses troupes'. Souvent dans les rues de Bukavu, les habitants pointent discretement des hommes en uniforme, affirmant : 'Ceux-la sont des Rwandais en patrouille.' Des voyageurs en provenance de la brousse disent aussi avoir vu passer des camions remplis de soldats rwandais.
   Impopularite. Des informations difficiles a verifier... Cela constituerait,
en tout cas, une violation flagrante de l'accord de paix de Pretoria.
'Pas un soldat rwandais n'est revenu au Congo, se defend Sylvain Buki. Nous
sommes en train de nous installer dans les localites d'ou l'armee rwandaise s'est desengagee. Nous faisons face a un nombre considerable de Mai Mai,
d'Interahamwes et de FDD (mouvement rebelle hutu burundais oppose au
gouvernement de Bujumbura, ndlr) dans la region. Il y a des localites
que nous ne pourrons pas securiser.' Un aveu de faiblesse qui s'ajoute a la
considerable impopularite du RCD aupres des habitants, pour qui il incarne la
'collaboration' avec l'occupant rwandais accuse d'avoir conserve, malgre son depart, la mainmise sur les richesses minieres du coin, dont le precieux coltan (minerai utilise dans la telephonie et l'aeronautique). 'Les attaques contre les civils, c'est tous les jours, toutes les minutes, dans tous les coins, qu'elles sont
commises par le RCD a Bukavu, accuse Pascal Kabungulu. Il n'y a pas que les Interahamwes dans les collines. Les RCD sont des hommes sans solde, mais avec des armes. Ils s'en servent.' Temoins et victimes de cette confusion, les civils de l'est du Congo-Kinshasa sont devenus la ligne de front humaine d'un conflit qui n'en finit pas.